27.03.2007
Tout s'explique sur l'île
Bon ça y’est, j’ai fait mon deuil de l’abbé Pierre.
Je pensais reprendre mon blog une fois que la dernière tente au bord un canal Saint Martin allait être démontée mais vu que c’est pas demain la veille et vu qu’ « on » me réclame et vu que l’abbé Pierre reviendra pas… eh bien je reprends donc les négociations avec le monde en général.
Donc tout à l’heure, chez Auchan, j’étais sagement en train d’oublier l’abbé Pierre dans la file d’attente à la caisse quand un curieux manège attira mon attention. Les clients semblaient tous exaspérés après un court dialogue avec la chargée d’encaissement (la caissière quoi). La caissière elle, prenait un air vainqueur à chaque fois.
Il a fallu que la file d’attente se réduise un peu pour que je m’approche et que j’entende la chargée d’encaissement (la CGE quoi). Sans préjugés aucun, je décris la CGE par soucis d’exactitude dans mon récit : Couleur Blonde platine qui a vécu, racines oranges et noires, visage fatiguée, quelques kilos en trop, rouge à lèvres très rouge, mascara très mascarant et… et une lumière dans le regard qui me fit vite comprendre que notre CGE était chargée d’une mission, un mission de premier ordre.
L’œil incandescent de la CGE ne se bornait pas aux articles de clients. Il semblait scruter le client dans son ensemble, avec un va-et-vient très spécial entre le visage du client et son sac.
« - Vous me montrez votre sac s’il vous plaît ?
- Pardon ? » répond le client devant moi qui avait oublié que les caissières avaient le don de parole.
« - Votre sac là ?
- oui ?
- Vous pouvez me le montrer ?
- Euh…ben… oui… voilà…
- Non mais ouvrez le ! je veux voir ce qu’il y a dedans.
- Pardon ? mais… pourquoi ?
- Ah c’est la sécurité m’ssieur. C’est comme ça hein.
- Mais…mais c’est ridicule…
- Comment ça c’est ridicule ?! Vous dites que je suis ridicule ?
- Ménon ménon…c’est pas ça mais… je sais pas…je trouve ça bizarre.
- Oui ben vous savez hein, de nos jours… avec les gens hein…
- Les gens ?
- Oui ben c’est comme ça, c’est tout. C’est la consigne. »
L’homme, résigné, ouvre son sac à dos et me regarde en levant les yeux au ciel.
La CGE regarde à peine le sac, lui dit « C’est bon c’est bon » et bombe le torse.
Sur sa blouse est épinglé un badge avec son nom.
Son nom est Chérifa.
Tout s’explique sur l’île.
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